ENUGMIS 120: NIXON, UN PRESIDENT AMERICAIN DESTITUE?

Comment un président américain tout puissant, s’est-il retrouvé accusé de félonie, de trahison par le pouvoir américain et comment s’appelle cette procédure de destitution aux Etats- Unis?

 

 

 

 

 

Watergate.………………………………………………………

 

Richard et Pat Nixon lors de leur départ de la Maison Blanche.

 

Richard et Pat Nixon lors de leur départ de la Maison Blanche.


Nixon a été impliqué dans la préparation et la dissimulation du cambriolage effectué au siège du Parti démocrate, dans l’immeuble du Watergate. Ce cambriolage est l’un des scandales impliquant le comité de réélection de Nixon. Ce sont les enregistrements secrets de la Maison Blanche qui révèlent des détails sur son implication dans l’affaire. Il perd tout soutien après le « massacre du samedi soir » (Saturday Night Massacre) pendant lequel il renvoie Archibald Cox (défenseur du ministère public dans l’affaire) ainsi que ceux qui se sont exprimés contre ce renvoi dans sa propre équipe. La Chambre des Représentants lance une procédure d’impeachment contre Richard Nixon le 9 mai 1974. Menacé de destitution, il préfère démissionner, le 9 août 1974.

Son successeur à la Maison Blanche, Gerald Ford, proclame un pardon, ce qui met fin aux enquêtes.

Scandale du Watergate

 

Le complexe immobilier du Watergate, abritant appartements de luxe, bureaux et hôtels.

 

Le complexe immobilier du Watergate, abritant appartements de luxe, bureaux et hôtels.

Le scandale du Watergate ou affaire du Watergate a poussé le président des États-Unis Richard Nixon à démissionner en 1974. L’affaire commence avec le cambriolage de locaux du Parti démocrate dans l’immeuble du Watergate à Washington en 1972, et se développe ensuite avec de nombreuses ramifications. Les investigations de journalistes et une longue enquête sénatoriale lèvent le voile sur des pratiques illégales à grande échelle au sein de l’administration présidentielle.

Politique

L’année 1972 est une année d’élections présidentielles aux États-Unis. Dans le camp républicain, Richard Nixon se présente pour un second mandat. Il peut se prévaloir d’une politique étrangère inspirée par Henry Kissinger et menée avec succès : détente avec l’URSS (accords SALT), préparation de la « paix dans l’honneur » au Viêt Nam (concrétisée par la signature du traité de Paris en janvier 1973), en attendant le rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine. Cependant, le coût en vies humaines dû à la politique menée en Asie du Sud-Est, notamment l’invasion du Cambodge en 1970, suscite une vive agitation parmi la jeunesse, s’exprimant par des manifestations parfois violemment réprimées (fusillade de Kent State University). Sur le plan intérieur, la politique de son administration se fonde sur le slogan de « la loi et l’ordre », impliquant une justice stricte et répressive. Le parti républicain avait subi une écrasante défaite en 1964, mais son candidat d’alors, Barry Goldwater, a recentré le parti sur des valeurs plus conservatrices, qui à terme, se sont davantage ancrées dans les stratégies électorales du parti républicain[1]. En outre, l’instauration des Droits civiques signés par le président Johnson (Civil Rights Act et Voting Rights Act), améliorant le statut de la minorité afro-américaine, a détourné l’électorat traditionnellement démocrate du Vieux Sud (Deep South), favorable à la ségrégation, qui a basculé du côté républicain[2]. Les chances de l’emporter sont donc excellentes pour Nixon, qui avait échoué en 1960, après avoir été vice-président d’Eisenhower pendant huit ans.

En face, le camp démocrate est affaibli par ses querelles internes. La présidence de Lyndon Johnson (1963-1969), a été marquée par la guerre du Viêt Nam, des émeutes raciales dans les ghettos noirs (hot summers), et le projet de la Great Society, développant l’État-providence (éducation, sécurité sociale, lutte contre la pauvreté) au prix de coûteuses dépenses. En 1968, quatre tendances s’affrontent lors des primaires démocrates. Hubert Humphrey représente les syndicats et l’appareil du parti ; Robert Kennedy, les minorités noire et catholique ; Eugene McCarthy, les étudiants et les anti-guerre ; et enfin George Wallace, ségrégationniste du Sud, opposé aux Droits civiques, se présente comme candidat indépendant. Robert Kennedy part favori, mais est assassiné, la même année que le leader noir Martin Luther King. C’est Humphrey qui est investi, mais il est battu par Nixon lors des élections présidentielles de 1968. En 1972, c’est un candidat initialement inattendu, George McGovern, qui est investi lors de la Convention démocrate en juillet 1972. C’est un liberal (au sens américain, de gauche), et à ce titre, ses chances de vaincre sont réduites. D’autant plus que sa campagne commence mal : son candidat à la vice-présidence, Thomas Eagleton, doit renoncer lorsque la presse révèle qu’il a effectué des séjours dans des hôpitaux psychiatriques[3].

Médias et renseignements

En mai 1972, John Edgar Hoover, directeur du FBI meurt. Il occupait cette fonction, dépendant du ministère de la Justice, depuis 1924, ayant servi sous huit présidents. C’est lui qui a développé cette agence gouvernementale, concentré ses moyens pour la lutte contre le communisme[4], notamment pendant la période du maccarthysme, tandis qu’il niait l’existence de la mafia, et généralisé les écoutes clandestines comme moyen d’investigation ou d’espionnage[5].

Depuis sa création, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale et dans le contexte de la Guerre froide, la CIA a utilisé son savoir-faire dans plusieurs « coups », dont les plus retentissants sont réalisés dans les années 1950, lorsqu’Allen Dulles en est le directeur[6]. En 1961, à la suite de l’échec de l’invasion de la Baie des Cochons, initiée sous la présidence Eisenhower, Dulles est démis de ses fonctions par le président John Kennedy. Son successeur est plus modéré, mais avec Richard Helms à partir de 1966, on en revient à un style et une motivation anticommuniste plus proches de ceux de Dulles. Avec l’arrivée au pouvoir de Nixon, la CIA intensifie son programme de surveillance[7] de milliers de citoyens américains(Operation CHAOS)[8], bien que toute activité de renseignement de la CIA sur le territoire américain soit interdite.

Ces activités, quasiment inconnues du grand public américain, commencent à apparaître au grand jour au début des années 1970, dans la presse, et au cours d’enquêtes, à partir de 1970, du sous-comité judiciaire des droits constitutionnels du Sénat. En juin 1971, le New York Times, puis le Washington Post, publient des extraits d’un rapport secret, les Pentagon Papers, qui lui ont été remis par Daniel Ellsberg, un expert de la RAND Corporation, think tank travaillant pour le Secrétariat à la Défense. Ces documents éclaircissent les prises de décisions gouvernementales et militaires pendant la guerre du Viêt Nam, informant par exemple de la volonté délibérée du président Johnson d’intensifier le conflit, quand il promettait de ne pas s’y impliquer davantage. Il s’ensuit un bras de fer juridique entre le gouvernement de Nixon, qui veut interdire la diffusion d’informations confidentielles, et les deux journaux, qui obtiennent finalement gain de cause, après décision de la Cour suprême, au nom du Premier Amendement de la Constitution, qui garantit la liberté de la presse.

Déroulement

Le cambriolage

Le scandale du Watergate commence lorsque, dans la nuit du 17 juin 1972, cinq cambrioleurs (dont deux Cubains[9]), repérés par un concierge, sont arrêtés dans un immeuble du Watergate, au siège du Parti démocrate. Transportant du matériel d’écoute, ces hommes ressemblent plus à des agents secrets qu’à des cambrioleurs. Sur des carnets d’adresses retrouvés en leur possession, on trouve les coordonnées d’un certain Howard Hunt. L’un d’entre eux, James McCord, attire particulièrement l’attention : c’est un colonel réserviste de l’armée de l’air, un ancien du FBI et de la CIA, et surtout un membre du Comité pour la réélection du Président[10]. Le FBI, malgré les éléments probants, ne poursuit pas l’enquête[11].

Le 22 juin, le président Nixon évoque pour la première fois l’affaire en déclarant : « La Maison Blanche n’est impliquée en aucune manière dans cet incident-là. » Pendant les six mois qui suivent, l’affaire est oubliée, et lors de l’élection présidentielle de novembre 1972, Richard Nixon remporte contre le démocrate George McGovern la plus écrasante victoire électorale de toute l’histoire des États-Unis[12].

L’enquête des journalistes

 

Bernstein et Woodward.

 

 

 

 

 

Bernstein et Woodward.

Deux journalistes du Washington Post, Carl Bernstein et Bob Woodward, enquêtent pour démêler un écheveau compliqué dont tous les fils conduisent à la Maison Blanche, à travers le Comité pour la réélection du président (CRP) de Richard Nixon[13]. Jeunes journalistes d’investigation, ils utilisent beaucoup le téléphone et n’hésitent pas à contacter plusieurs centaines d’interlocuteurs, creusant des pistes qui avaient d’abord semblé maigres. Dans un premier temps, à partir des informations recueillis directement sur les cambrioleurs, ils parviennent à remonter les fils du financement occulte de la campagne électorale de Nixon en 1972, notamment par le biais d’intermédiaires au Mexique[14]. Ils sont aidés par un informateur inconnu se faisant appeler « Gorge Profonde » (« Deep Throat » en anglais), dont l’identité a été révélée 30 ans plus tard.

Obsédés par l’affaire et suivis par leurs confrères, Woodward et Bernstein (surnommés Woodstein) parviennent à éclairer le sujet, qui est ensuite relayé par la justice américaine, puis par une commission d’enquête sénatoriale. C’est l’un des cas les plus évidents, dans l’histoire américaine, de l’influence du « quatrième pouvoir ».

Un autre reporter, l’« inventeur » du journalisme gonzo Hunter S. Thompson, qui ne cache pas son mépris envers Nixon et ses hommes (qualifiés tantôt de maquereaux, de fascistes ou d’incapables[15]), donne une analyse décalée et non moins passionnée des auditions du Watergate pour le magazine Rolling Stone (articles rassemblés dans deux livres : La Grande Chasse au requin et Le Nouveau Testament Gonzo).

La commission d’enquête sénatoriale

 

Sam Ervin, président de la commission sénatoriale.

 

Sam Ervin, président de la commission sénatoriale.

En janvier 1973, le juge du District de Columbia, John Sirica préside le procès des cinq cambrioleurs, ainsi que celui de leur chef, Howard Hunt (ancien agent de la CIA) et de leur commanditaire direct, Gordon Liddy (ancien du FBI et membre du Comité pour la réélection du président[16]). Persuadé qu’ils ne disent pas toute la vérité[17], le juge prolonge l’enquête. L’un des accusés, James McCord, écrit au juge une lettre dans laquelle il affirme s’être parjuré devant le tribunal, à cause de pressions émanant de la Maison Blanche, et indiquant que de hauts responsables sont impliqués[18].

Une commission sénatoriale, dirigée par le démocrate Sam Ervin, est alors mise sur pied pour enquêter sur l’affaire, avec les démocrates (majoritaires au Sénat) Herman Talmadge, Joseph Montoya, Daniel Inouye, et les républicains Howard Baker, Edward Gurney, Lowell Weicker. Ils sont assistés par les conseillers Sam Dash (démocrate) et Fred Thompson (républicain).

La commission d’enquête sénatoriale s’appuie sur le principe de subpoena, c’est-à-dire la possibilité d’appeler des témoins, avec l’éventualité de poursuites par une juridiction en cas de parjure ou si un quelconque acte illégal est révélé.

Les révélations

La Commission sénatoriale parvient, au cours d’une instruction qui dure un an et demi (mars 1973-août 1974) à la conclusion que certains proches de Richard Nixon ont été coupables d’obstructions à la justice, faux témoignages, écoutes clandestines[19], détournements de fonds, etc.[20].

L’enquête a démontré que ce type de pratiques[21] ne se résumait pas à des cas isolés. L’affaire des Papiers du Pentagone en 1971, en fut également la démonstration, quand un expert du Pentagone, Daniel Ellsberg fournit à la presse une copie d’un long rapport secret dévoilant des aspects dissimulés de la guerre du Viêt Nam[22]. Le psychiatre d’Ellsberg avait ainsi été cambriolé par la même équipe que celle du Watergate, menée par Howard Hunt[23]. Cette équipe, spécialisée dans la pose de matériel d’écoute, est surnommée, au cours de l’affaire, l’équipe des « plombiers ».

On apprit lors de l’enquête que des membres de ces équipes, dont Howard Hunt, avaient été dépêchés, le 18 juillet 1969, à Chappaquiddick, Massachusetts, aussitôt après l’accident de voiture du sénateur démocrate Ted Kennedy, qui coûta la vie à l’une de ses collaboratrices, et brisa à jamais les ambitions présidentielles du frère de l’ancien président Kennedy[24].

Il fut également établi que l’administration Nixon avait constitué une liste noire informelle d’adversaires présumés[25], à faire harceler par le fisc ou à décrédibiliser par des poursuites judiciaires[26]. Cette liste a été compilée par Charles Colson, conseiller spécial du président, accusé par John Dean d’avoir également projeté de placer une bombe dans les locaux de la Brookings Institution, pour y voler des documents[27].

Sur la fin, la commission sénatoriale s’intéresse aux mouvements financiers liés aux campagnes électorales[28], concernant notamment une contribution du milliardaire Howard Hughes de 100 000 dollars[29], et son détournement par Bebe Rebozo, intermédiaire et ami intime de Nixon[30]. Cette partie de l’enquête ne fut pas menée jusqu’à son terme.

Les audiences et les démissions

 

John Dean, conseiller juridique de la Maison Blanche, en mai 1972.

 

John Dean, conseiller juridique de la Maison Blanche, en mai 1972.

Les audiences, retransmises en direct à la télévision à partir du 18 mai, ou faisant l’objet de larges comptes rendus dans les journaux, sont suivies par une grande partie du public américain[31], qui se passionne pour les multiples rebondissements qui se succèdent et qui révèlent un aspect inconnu des pratiques de l’institution suprême.

Au cours de l’enquête, trois témoignages successifs sont des grands tournants du scandale, de véritables bombes. Le premier, celui de James McCord, a révélé l’existence d’une équipe d’espions au service de membres du staff de la Maison Blanche. Le deuxième, celui de John Dean, conseiller juridique de la présidence, révèle en juin, les conspirations s’étant tramées dans le Bureau ovale. Le troisième, celui d’Alexander Butterfield, haut-fonctionnaire, révèle en juillet qu’un système d’écoute secret pourrait permettre d’en savoir plus.

Tout part donc des aveux de James McCord, en février 1973, qui, dans un premier temps, mettent en cause John Mitchell, ancien Attorney General, John Dean, conseiller juridique du président, et Charles Colson. John Mitchell est le premier haut responsable mis en cause, en tant que président, en 1972, du Comité pour la réélection du président, qui a servi d’intermédiaire entre la Maison Blanche et les cambrioleurs, notamment pour le financement de leurs opérations. Sa femme, Martha, se répand alors en accusations contre l’administration présidentielle devant les journalistes[32].

Le 27 avril, le directeur du FBI, Patrick Gray, démissionne, après qu’il ait été révélé, à la suite de son audition devant le Sénat pour ratifier sa récente nomination, qu’il a détruit des documents relatifs à l’enquête sur le cambriolage[33].

Le 30 avril, Bob Haldeman, secrétaire général de la Maison Blanche, et John Ehrlichman, conseiller pour les Affaires intérieures, démissionnent. Surnommés ensemble « le mur de Berlin », à cause de leur tendance à faire barrage autour du président en écartant des collaborateurs ou visiteurs[34], ils étaient les deux principaux conseillers de Nixon. Il fut établi par l’enquête qu’ils étaient à l’origine, avec Charles Colson, qui a démissionné le 10 mars, des ordres donnés à l’équipe des « plombiers », aussi bien pour le Watergate que pour le cas Ellsberg en 1971[35]. John Dean est quant à lui renvoyé par la Maison Blanche, après avoir refusé de signer un texte reconnaissant sa responsabilité dans l’affaire du Watergate[36].

 

Ehrlichman et Haldeman, peu avant leur démission en avril 1973.

 

Ehrlichman et Haldeman, peu avant leur démission en avril 1973.

Le même jour, l’Attorney General Richard Kleindienst démissionne également. Kleindienst est remplacé par le secrétaire à la Défense Elliot Richardson, qui nomme aussitôt un procureur spécial indépendant pour enquêter sur le Watergate. Archibald Cox, ancien n°3 du ministère de la Justice sous Kennedy, accepte ce poste le 18 mai 1973[37].

Le 3 juin, John Dean, qui refuse de servir de bouc émissaire, commence à témoigner devant la Commission. Il compromet plusieurs membres de l’administration Nixon, dont Mitchell, Haldeman, Ehrlichman, Colson, et le président lui-même. Il révèle notamment que plusieurs réunions ont eu lieu entre Nixon, Haldeman et Ehrlichman, pour superviser l’étouffement de l’affaire du Watergate, et discuter des sommes pouvant être engagées pour inciter au silence les « plombiers » arrêtés;

Les enregistrements de la Maison Blanche

 

Archibald Cox, procureur spécial indépendant.

 

Archibald Cox, procureur spécial indépendant.

Le 16 juillet 1973, Alexander Butterfield, adjoint de Bob Haldeman et témoin surprise, révèle qu’il existait un système d’écoute sophistiqué enregistrant toutes les conversations, à l’insu des personnes concernées, au sein du bâtiment de l’exécutif suprême[39]. De tels enregistrements étaient déjà ponctuellement pratiqués sous l’administration de Kennedy[40]. Cette information est largement diffusée par la presse, et implique la dissimulation de preuves de l’implication de Richard Nixon et de ses collaborateurs dans les événements du Watergate. Le président tente de soustraire à l’enquête les bandes magnétiques comportant les enregistrements des conversations menées dans le bureau ovale, et rapportées par les témoins.

Le bras de fer pour la restitution des bandes

Le procureur spécial indépendant, Archibald Cox, demande à la Maison Blanche la restitution, pour l’enquête, des bandes magnétiques, afin de confirmer les aveux de John Dean. Nixon s’y oppose, au nom du « privilège de l’exécutif »[41], et demande à l’Attorney General, Elliot Richardson, de destituer Cox. Richardson, qui avait nommé Cox, refuse, ainsi que son second, William Ruckelshaus. Ils démissionnent le 20 octobre 1973. Cet épisode, qui a provoqué une profonde indignation dans l’opinion publique[42], reste célèbre dans l’histoire américaine sous le nom de « massacre du Samedi soir ».

Archibald Cox, finalement démis de ses fonctions par Robert Bork, numéro 3 du ministère de la Justice, est aussitôt remplacé par Leon Jaworski, lequel réclame à son tour les bandes, 64 d’entre elles précisément[43]. Nixon essaie de gagner du temps. Le 30 octobre 1973, il fait parvenir une partie des bandes, mais il y a un trou de 18 minutes ½ sur l’une d’entre elles[44]. La secrétaire de Nixon, Rose Mary Woods, témoigne qu’il s’agit d’une erreur de manipulation[45]. Le 10 janvier 1974, un comité d’expert désigné par le juge John Sirica, conclut à un effacement délibéré[46]. Nixon tente alors, dans les mois qui suivent, de ne remettre que des retranscriptions écrites de ces enregistrements, certains passages étant censurés ou prétendus inaudibles[47]. Dans ces retranscriptions rendues publiques, de nombreux passages où l’on entend le président sont très ambigus, moralement compromettants, voire révélateurs[48], mais pas suffisamment pour envisager des poursuites judiciaires.

 

Nixon et ses conseillers (Haldeman, Chapin, Ehrlichman) en 1970.

 

Nixon et ses conseillers (Haldeman, Chapin, Ehrlichman) en 1970.

La résistance de Nixon concernant la restitution des bandes s’explique non seulement par le souci de dissimuler des informations compromettantes confirmant les déclarations des témoins[49], mais probablement aussi par l’image dégradante des dessous du pouvoir et du président lui-même qu’elles pouvaient révéler. « J’ai trouvé tout cela dégoutant », déclare John Sirica, juste après avoir enfin entendu le contenu des bandes[50]. Selon le journaliste et prix Pulitzer Seymour Hersh, les bandes auraient révélé l’alcoolisme de Nixon et le rôle du conseiller à la sécurité nationale (puis secrétaire d’État) Henry Kissinger, qui se serait chargé d’affaires urgentes lorsque le président était en incapacité de les gérer[51].

L’intervention de la Cour suprême et l’impeachment

Jaworski finit par demander à la Cour suprême de se prononcer sur la légitimité du président Nixon à s’opposer à la restitution des bandes magnétiques. Le 24 juillet 1974, bien que formée de quatre juges sur neuf nommés par Nixon, elle se prononce à l’unanimité (moins une abstention) pour la restitution des bandes[52].

Nixon est alors définitivement et complètement isolé politiquement. Le dos au mur et sans autre recours légal, la Maison Blanche remet donc les bandes fin juillet. L’une d’entre elles est surnommée Smoking Gun Tape[53]. Il s’agit d’une conversation tenue six jours après le cambriolage, le 23 juin 1972, entre Nixon et Haldeman. On entend le président autoriser explicitement ses collaborateurs à approcher le directeur de la CIA, Richard Helms[54], pour qu’il demande au directeur du FBI, Patrick Gray, d’enterrer l’enquête fédérale sur le cambriolage pour des raisons de sécurité nationale[55].

C’est la preuve décisive, non seulement des mensonges, mais surtout de la culpabilité juridique de Nixon dans une conspiration criminelle ayant pour but de faire obstruction à la justice, motif justifiant amplement une procédure d’impeachment (destitution par le Congrès), qui a de fortes chances d’aboutir. Les membres de son propre parti, dont Barry Goldwater, le pressent de démissionner[56]. Au fur et à mesure des révélations, des foules de plus en plus nombreuses se sont présentées devant les grilles de la Maison Blanche ou au cours des déplacements du président, pour réclamer son départ.

Les 27, 29 et 30 juillet, les membres de la Commission judiciaire de la Chambre des Représentants votent sur les articles de l’impeachment du président, et retiennent les charges d’obstruction à la justice, abus de pouvoir et outrage au Congrès.

La démission de Nixon

 

Nixon quitte la Maison Blanche.

 

Nixon quitte la Maison Blanche.

Nixon n’a jamais cessé de plaider son innocence, plaidée jusqu’au bout par son porte-parole et spin doctor Ron Ziegler[57]. Le 17 novembre 1973, le président avait prononcé un discours célèbre, déclarant : I am not a crook (Je ne suis pas un escroc)[58].

Après s’être farouchement défendu, il préfère néanmoins donner sa démission quand l’impeachment est engagé contre lui. Nixon est le seul président de l’histoire des États-Unis à avoir démissionné. Il quitte ses fonctions le 9 août 1974, une semaine après le déclenchement de la procédure. Après un discours devant le personnel de la Maison Blanche et les journalistes, il quitte le bâtiment en direct, dans un hélicoptère de l’armée.

Le vice-président, Gerald Ford, nommé par Nixon en décembre 1973 après la démission de Spiro Agnew pour une affaire de corruption distincte, lui succède immédiatement. Sa première action officielle, très controversée, est de gracier Richard Nixon[59], ce qui a pour effet de stopper toute procédure. Nixon, avocat, n’en est pas moins radié du barreau de l’État de New York en 1976[60].

Quant aux enregistrements qui ont suscité d’interminables batailles juridiques, le président Ford en donne le contrôle à Nixon, qui est le seul habilité à donner les autorisations pour leurs consultations[61].

Les poursuites judiciaires

À l’issue du procès des cambrioleurs en janvier 1973, plaidant coupable, Howard Hunt passe 33 mois en prison. Gordon Liddy, lui, est condamné à une peine de 20 ans, mais est amnistié 4 ans plus tard par le président Jimmy Carter[62].

En novembre 1973, John Dean plaide coupable, devant le juge Sirica, d’obstruction à la justice. Il témoigne contre Mitchell, Haldeman et Ehrlichman et bénéficie alors du même programme de protection que celui des témoins contre le crime organisé ; il passe 4 mois en prison.

Le 1er mars 1974, sept collaborateurs de Nixon, dont Haldeman, Ehrlichman, Colson et Mitchell, sont inculpés pour conspiration dans le cadre de l’affaire du Watergate. En juin 1974 Charles Colson plaide coupable d’obstruction à la justice dans l’affaire Ellsberg. Il évite ainsi d’autres poursuites, et ne passe que 7 mois en prison[63]. En janvier 1975, John Ehrlichman et Bob Haldeman sont reconnus coupables de conspiration, obstruction à la justice et parjure ; ils passent 18 mois en prison. En février 1975, John Mitchell est reconnu coupable des mêmes crimes ; il passe 19 mois en prison.

En tout, plus de 70 personnes ont été poursuivies en justice dans le cadre de ce scandale[64].

Le mystère de l’identité de « Gorge profonde »

L’identité de l’informateur Gorge profonde (Bob Woodward a donné ce surnom en référence au film pornographique portant ce titre, Gorge profonde) est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre. Au cours de l’histoire, plusieurs personnalités politiques célèbres, dont Henry Kissinger, George H. W. Bush, Ron Ziegler, John Dean, Alexander Haig ou Pat Buchanan sont présentées comme cet informateur mystère[65],[66],[67],[68].

Les seules personnes connaissant son identité sont les deux journalistes et leur rédacteur en chef de l’époque, Benjamin Bradlee. La véritable identité de Gorge profonde est finalement révélée par le magazine états-unien Vanity Fair du 31 mai 2005. Il s’agit de W. Mark Felt, directeur adjoint du FBI sous Richard Nixon. Il déclare qu’à l’âge de 91 ans, il souhaite « libérer sa conscience »[69]. Le Washington Post confirme l’information quelques heures plus tard[70]. Bob Woodward raconte qu’il connaissait Mark Felt depuis 1970, et que les relations entre le FBI et la Maison Blanche s’étaient sérieusement dégradées[71]. Il a également été fait mention du dépit de Felt de ne pas avoir été nommé à la tête du FBI à la mort de John Edgar Hoover[72].

Héritage du Watergate

 

Richard Helms, directeur de la CIA condamné en 1977 pour parjure à l'issue de la Commission Church.

 

Richard Helms, directeur de la CIA condamné en 1977 pour parjure à l’issue de la Commission Church.

Le Watergate est devenu l’une des plus célèbres affaires de l’histoire des États-Unis et est irrémédiablement attaché au nom de Nixon[73]. Il a durablement terni l’image de la fonction présidentielle et accru la méfiance des Américains envers leurs dirigeants, d’autant plus que l’administration Nixon se réclamait de « la loi et l’ordre ».

Le scandale du Watergate en lui-même a en fait mis au jour toute une série de scandales commis par l’administration Nixon, dont le mode de fonctionnement est devenu, au fil des révélations, « le » grand scandale. Selon l’historien américain Melvin Small, « les scandales de Nixon ont révélé une tentative pour subvertir tout le système politique américain »[74].

Cette affaire a redonné un souffle au journalisme d’investigation, dont Woodward et Bernstein sont devenus les symboles[75]. Elle a aussi alimenté significativement le cynisme dans les commentaires politiques.

Le scandale, et en particulier les leçons de l’épisode du « massacre du Samedi soir » et ses conséquences sur l’opinion publique, ont accru de facto l’importance du rôle du procureur spécial indépendant. Un aspect en est le renforcement de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Mais cette évolution a parfois été jugée excessive, notamment lors de l’instrumentalisation politique de la fonction, avec par exemple l’enquête menée par Kenneth Starr contre Bill Clinton, lors du Monicagate[76].

Les révélations du Watergate ont poussé à remettre en cause l’intégrité de l’administration et notamment des agences gouvernementales de renseignement. Ce climat aboutit, en 1975-1976, à des commissions d’enquête au Congrès, la Commission Pike (Chambre des représentants) et la Commission Church (Sénat)[77], qui révèlent certaines activités illégales de la CIA, comme le Projet MKULTRA[78], ou l’implication dans le renversement de plusieurs chefs d’État, dont l’assassinat fut légalement interdit sous la présidence de Gerald Ford. Les moyens opérationnels de la CIA en sortent réduits, et son rôle dans l’appareil de renseignements américain diminue au profit de la National Security Agency.

La décrédibilisation du camp républicain profita aux démocrates[79], et notamment au candidat inattendu Jimmy Carter, gouverneur de la Géorgie et propriétaire d’une plantation de cacahuètes, lors des élections présidentielles de 1976. Le courant conservateur du parti républicain en a également profité pour gagner plus d’influence au sein du parti[80] et porter l’un des siens, Ronald Reagan, au pouvoir en 1980.

Plusieurs commentateurs ont avancé que ce scandale a affaibli la présidence américaine, voire la puissance américaine elle-même dans les années qui ont suivi[81]. La chute de Saigon, en 1975, en serait une illustration. L’indépendance du Sud Viêt Nam était garantie par le traité de Paris signé en 1973 pour le retrait des troupes américaines, et Gerald Ford n’a pas donné l’ordre à l’armée américaine d’intervenir contre les troupes du Nord Viêt Nam lorsque celles-ci ont envahi le Sud. Nixon n’avait pas hésité à ordonner des bombardements très destructeurs lors d’une offensive du Nord au printemps 1972, pendant les négociations de paix.

Suite à ce scandale, les médias américains ont pris l’habitude d’utiliser le suffixe « gate » pour désigner des affaires d’État, des actions illégales ou des mensonges des autorités gouvernementales américaines : Irangate, Monicagate, etc. Le mot gate signifie porte en anglais.

Le « Watergate » au cinéma [modifier]

  • Le film d’Alan J. Pakula, Les Hommes du président (All the President’s Men), tiré du livre du même nom, raconte l’histoire des journalistes qui ont dévoilé le scandale, et sorti deux ans seulement après la fin du scandale. Le rôle de Bob Woodward est repris par Robert Redford, et celui de Carl Bernstein par Dustin Hoffman.
  • Le film de Robert Zemeckis, Forrest Gump, fait un clin d’œil à cet événement, lorsque Forrest Gump de la fenêtre de sa chambre à Washington, surprend en pleine nuit « des lumières » dans l’immeuble Watergate.
  • Le film biographique d’Oliver Stone, Nixon, octroie une large place aux épisodes du Watergate vus de l’intérieur de la Maison Blanche, en reprenant implicitement les thèses selon lesquelles les bandes auraient dévoilé le langage grossier et agressif du président, et contenaient des références à des opérations occultes de la CIA.

MAIS QUI ETAIT RICHARD NIXON?

Richard Milhous Nixon, (19131994) est le trente-septième président des États-Unis d’Amérique. Il est élu pour deux mandats de quatre ans en 1969 et 1973 mais démissionne en 1974. Sa présidence est marquée par la Guerre du Viêt Nam mais, pour ses contemporains, le scandale créé par l’affaire du Watergate qui amènera sa démission reste probablement l’évènement majeur.

Enfance et éducation

Richard Milhous Nixon naît le 9 janvier 1913 à Yorba Linda, Californie. Ses parents, Francis Nixon et Annah Milhous, sont des Quakers pratiquants et si son père gère l’épicerie et la station d’essence familiale, sa mère l’éduque dans l’esprit Quaker (pas de boissons alcoolisées, pas de soirées dansantes et défense d’utiliser des jurons) et veut en faire un missionnaire.

Ses études secondaires brillantes lui permettent d’obtenir une bourse offerte par l’Université Harvard mais ses parents n’ont pas les moyens d’assurer son entretien en dehors de la maison. Il fréquente donc le Whittier College (une école Quaker) où il finit deuxième de sa promotion, puis reçoit une bourse qui lui permet de faire ses études de droit à l’Université Duke en Caroline du Nord.

Pendant la Seconde Guerre mondiale il s’engage dans la Marine alors que sa religion lui aurait permis d’être exempté. Il sert sur un navire de ravitaillement et termine la guerre avec le rang de Commandant en second et l’estime de ses supérieurs qui le considèrent comme un bon officier et un meneur d’hommes. C’est aussi pendant son service militaire dans la Marine qu’il apprend à jouer au poker et qu’il devient rapidement un excellent joueur ; le bruit court qu’il aurait gagné près de 10 000 dollars, une somme considérable à cette époque.

Un groupe d’hommes d’affaires californiens (The Committee of 100) lui demande de devenir candidat pour la Chambre des Représentants à la fin de son service militaire.

Les débuts de sa carrière politique

Il est élu à la Chambre des représentants des États-Unis en 1946 comme député de l’État de Californie.

Nixon grimpe rapidement les échelons politiques se faisant connaître comme un ferme anti-communiste. Il est membre du Comité de lutte contre les menées anti-patriotiques (‘House Un-American Activities Committee’) et participe au procès d’Alger Hiss (accusé d’être un espion communiste, il fut condamné à cinq ans de prison pour faux témoignage).

En 1950, Nixon bat la candidate Helen Gahagan aux élections sénatoriales, en l’accusant d’avoir des sympathies pour le communisme. C’est durant cette dernière campagne électorale qu’un petit journal lui donne un surnom qu’il conservera toute sa vie, « Tricky Dick » (Richard le roublard).

Vice-présidence

Nixon est élu vice-président de Dwight Eisenhower en 1952. Il n’a alors que 39 ans. Il est réélu à la vice-présidence en 1956.

Un des points marquants de sa campagne est l’utilisation de la télévision, une nouveauté à ce moment. Nixon est accusé d’avoir été financé par une caisse noire et il utilise la télévision pour assurer lui-même sa défense dans un discours destiné à émouvoir l’opinion publique (Checkers Speech). Il est alors submergé de soutiens ce qui permet à Eisenhower de le garder sur le ticket républicain.

En tant que vice-président, Nixon voyage en Amérique du Sud et reçoit des éloges pour sa détermination, faisant face aux opposants de la politique étrangère des États-Unis.

Durant sa vice-présidence, Nixon assume à trois reprises les fonctions de chef d’État, lorsque le président Eisenhower tombe malade : à l’occasion de la crise cardiaque d’Eisenhower du 24 septembre 1955, de celle de juin 1956, et de celle de novembre 1957

Il prouve aussi qu’il est un fin penseur lors de sa confrontation avec Nikita Khrouchtchev lors de l’«American National Exhibition» à Moscou (le 24 juillet 1959). Cette célèbre confrontation voit les deux leaders débattre des mérites respectifs des systèmes capitaliste et communiste dans un modèle de cuisine américaine aménagée présenté à l’exposition.

L’élection de 1960 et l’après vice présidence

Lors de l’élection présidentielle de 1960, il est le candidat principal des républicains, mais il perd de justesse face à John F. Kennedy. La plupart des observateurs s’accordent pour dire que le facteur crucial qui a fait basculer la campagne est le premier débat télévisé de l’élection présidentielle.

 

Débat télévisé entre Richard Nixon et John F. Kennedy en 1960.

 

Débat télévisé entre Richard Nixon et John F. Kennedy en 1960.

Malgré une barbe naissante (le débat ayant lieu en fin d’après midi), Nixon refusa qu’on le maquille, de plus, il était malade et fatigué par de nombreux déplacements de campagne. Il espérait gagner des voix grâce à ses connaissances en politique étrangère, mais les Américains ont seulement vu un homme mal à l’aise, transpirant beaucoup et portant un costume gris qui se confondait avec le décor. D’ailleurs les sondages ont montré que les auditeurs qui avaient suivi le débat à la radio considéraient que Nixon était le vainqueur alors que les téléspectateurs optaient pour Kennedy.

Le mardi 6 novembre 1962, il perd une nouvelle élection : celle pour le poste de gouverneur de Californie. Dans son discours de clôture, Nixon affirme que c’était sa «dernière conférence de presse». Pendant sa traversée du désert, de Gaulle le reçoit, geste que le futur président américain n’oubliera pas.

Présidence 1969-1974

 

Carte électorale de 1968.

 

Carte électorale de 1968.

Son défaitisme ne dure pas. Il déménage à New York où il devient un éminent avocat.

En 1968, candidat des républicains, il a sa revanche en remportant de justesse l’élection présidentielle devant le démocrate Hubert Humphrey et le candidat Dixiecrat George Wallace.

En janvier 1969, Richard Nixon devient le 37e président des États-Unis.

Parmi les fait marquants de sa présidence, notons :

Pendant la campagne électorale, comme pendant sa présidence, Nixon s’appuie sur ceux qu’il appelle la « majorité silencieuse » : l’Amérique conservatrice qui n’aime pas les hippies, la contre-culture et les anti-guerre. Nixon promet une «paix avec l’honneur» au Viêt Nam grâce à son «plan secret». On sait aujourd’hui qu’il n’y avait pas de plan secret mais le stratagème a fonctionné.

 

Giulio Andreotti en compagnie de Frank Sinatra, du président américain Richard Nixon et de la première dame Pat Nixon, le 17 avril 1973 à la Maison Blanche.

 

Giulio Andreotti en compagnie de Frank Sinatra, du président américain Richard Nixon et de la première dame Pat Nixon, le 17 avril 1973 à la Maison Blanche.

L’administration Nixon commence secrètement une campagne de bombardements massifs contre le Cambodge en mars 1969 (nom de code : «Menu») pour détruire ce qu’ils croyaient être les quartiers généraux où se seraient trouvés de nombreux soldats du Front national de libération du Viêt Nam. La campagne de bombardements ne reste secrète que pour l’opinion publique américaine. L’efficacité militaire fut quasi nulle, les bombes ayant juste tué des milliers de paysans cambodgiens.

 

Richard Nixon et Billy Graham le 28 mai 1970.

 

Richard Nixon et Billy Graham le 28 mai 1970.

En ordonnant ces bombardements, Nixon réalisa qu’il en arrivait à étendre une guerre déjà impopulaire tout en violant la neutralité officielle du Cambodge. Il comprit également que la guerre était politiquement et militairement ingagnable. Les détails de ces bombardements restèrent secrets même pour de hautes personnalités. L’usage peu orthodoxe des pouvoirs exécutifs à l’occasion des bombardements du Cambodge est l’une des raisons de la procédure d’impeachment lancée contre Nixon (cette charge fut finalement oubliée).

Le 30 juillet 1969, Nixon fait une visite surprise au Viêt Nam du Sud où il rencontre le président Nguyễn Văn Thiệu et le commandant en chef des forces armées américaines. La guerre se termine pendant sa présidence, mais après quatre années de bombardements massifs, de piétinements sur le terrain et par le retrait des troupes du Viêt Nam du Sud.

Le 4 novembre 1970, alors que le président chilien, Salvador Allende est élu, le président Nixon n’envoie aucun message de félicitation et son ambassadeur à Santiago n’assiste pas à la cérémonie d’investiture. La victoire d’Allende menace de faire tache d’huile dans le continent tout entier. « Il faut écraser ce fils de p… le plus tôt possible » répétait Richard Nixon à qui voulait bien l’entendre.

Le 5 janvier 1972, Nixon ordonne le développement du programme de construction de la navette spatiale. Cette décision allait profondément modifier la manière d’explorer et d’utiliser l’espace dans les décennies qui suivirent.

 

Rencontre historique de Nixon et Mao Zedong à Pekin, le 29 février 1972.

 

Rencontre historique de Nixon et Mao Zedong à Pekin, le 29 février 1972.

L’élection présidentielle de 1972 est la consécration de Richard Nixon. En effet, avec plus de 60% de suffrages populaires, il remporte 49 des 50 États contre le démocrate George McGovern (seul le Massachusetts lui échappe).

Le 2 janvier 1974, Nixon signe une loi limitant la vitesse des automobiles à 55 miles par heure (environ 90 km/h) afin de réduire la consommation de pétrole pendant la crise pétrolière.

Fin de sa vie

Dans ses dernières années, Richard Nixon parvient à redorer son image, et à gagner le respect du peuple en tant que sage sur le plan des affaires étrangères.

Nixon écrit de nombreux ouvrages pendant sa retraite politique, dont ses mémoires.

Il meurt le 22 avril 1994 à New York à l’âge de 81 ans, à la suite de complications d’un accident vasculaire cérébral. Il est enterré aux côtés de sa femme (Pat Nixon) sur ses terres dans sa ville natale à Yorba Linda, Californie.

 

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